Tous contaminés ! Et personne n’en parle ?!

Alors que le débat public reste largement focalisé sur le changement climatique, un autre effondrement, plus silencieux mais infiniment plus rapide et destructeur, est en cours : la sixième extinction de masse du vivant. Pour Hélène Grosbois, ancienne cadre bancaire devenue agricultrice et autrice, ce désastre planétaire n’est pas causé principalement par le climat, mais par l’agrochimie. Invitée sur la chaîne LIMIT, elle livre un diagnostic percutant sur l’empoisonnement généralisé de la planète et de ses habitants, orchestré dans l’indifférence générale.

Un effondrement vertigineux et ignoré

Entre 1990 et 2016, une étude menée en Allemagne dans des zones pourtant protégées a révélé une disparition de 80 % de la biomasse d’insectes volants. Une hécatombe qui ne peut pas être expliquée par la déforestation ou le réchauffement climatique, selon Hélène Grosbois : « Ce qui est en train d’exterminer le vivant, ce ne sont pas les températures, mais les pesticides. » Ces insectes, pourtant fondamentaux pour la pollinisation, la formation des sols et les chaînes alimentaires, disparaissent à un rythme jamais vu depuis l’apparition de la vie sur Terre.

Les pesticides : des armes de guerre devenues agricoles

Ce que Hélène Grosbois rappelle avec force, c’est que les pesticides ne sont pas des produits anodins. Il s’agit d’armes chimiques issues des gaz utilisés pendant la Première Guerre mondiale, aujourd’hui diffusées dans la nature en quantités colossales. Rien qu’en France, en 2021, 1 % de la cyperméthrine vendue suffirait à tuer un million de milliards d’abeilles, soit un dixième de la population mondiale d’abeilles. Ces substances sont toxiques au nanogramme, se diffusent partout – dans l’eau, les sols, l’air, les abysses, les pôles – et contaminent même le cordon ombilical des nouveau-nés.

Une science sous emprise, un débat orienté

Pourquoi alors ce sujet n’est-il pas central dans les discussions publiques ? Hélène Grosbois pointe la responsabilité des lobbys. La recherche scientifique étant aujourd’hui largement financée par le privé, les grandes entreprises de l’agrochimie orientent les sujets d’étude pour écarter toute remise en cause de leurs produits. L’État, de son côté, ne lance pas d’appels à projets sur ces questions, ce qui rend toute recherche indépendante pratiquement impossible.

Cette stratégie repose aussi sur le transfert de la responsabilité aux citoyens, avec des discours centrés sur le zéro déchet, le bilan carbone personnel ou les gestes individuels. Pendant ce temps, les causes structurelles de l’effondrement écologique – les multinationales, les gouvernements, l’organisation de l’agriculture – sont invisibilisées.

Une agriculture standardisée, appauvrie, toxique

Depuis l’après-guerre, l’agriculture industrielle s’est appuyée sur des modèles destructeurs. Les semences sont aujourd’hui majoritairement contrôlées par Bayer, BASF ou Syngenta, qui imposent des variétés hybrides, appauvries génétiquement, enrobées de pesticides et dépendantes d’intrants chimiques. Résultat : 98 % du maïs cultivé dans le monde provient de deux semences seulement, créant une vulnérabilité extrême face aux maladies et au dérèglement des écosystèmes.

Un problème sanitaire majeur et systémique

L’agrochimie ne tue pas seulement les insectes. Elle détruit aussi la santé humaine, avec des effets désormais largement documentés : baisse de la fertilité masculine de 54 % en 40 ans, explosion des maladies neurodégénératives (Alzheimer, Parkinson), troubles cognitifs chez les enfants, maladies cardiovasculaires, cancers… Le tout, alors même que les causes classiques (alcool, tabac) sont en net recul.

Et au-delà de ces pathologies, Hélène Grosbois insiste sur un point fondamental : les pesticides sont pour la plupart des antibiotiques. Ils tuent les bactéries bénéfiques, renforcent les pathogènes, et sont à l’origine de l’antibiorésistance croissante. Des bactéries auparavant bénignes, comme E. coli, deviennent désormais impossibles à traiter, posant une menace directe à court terme.

On ne va pas mourir de faim… sauf à cause de ça

L’argument souvent avancé par les défenseurs de l’agrochimie est celui de la sécurité alimentaire : sans pesticides, comment nourrir 10 milliards d’êtres humains ? Hélène Grosbois répond sans détour : aujourd’hui, on produit déjà de quoi nourrir 11 milliards de personnes, mais 30 à 40 % sont gaspillés. Le vrai problème, ce n’est pas la quantité de nourriture, c’est son accessibilité économique, et sa dépendance à un système agricole toxique qui détruit les sols, rend les cultures malades, et élimine toute résilience.

Vers un monde de super-pathogènes

À force d’avoir tout standardisé, empoisonné et affaibli, nous avons ouvert la voie à un monde où les bactéries résistantes sont la norme, où les virus se propagent dans des environnements biologiquement effondrés, où la fertilité chute, et où les espèces clés ont disparu. Le vivant tient encore debout, mais personne ne sait comment cela tient encore, tant la pente est abrupte.

Un réveil nécessaire, un changement possible

La bonne nouvelle, selon Hélène Grosbois, c’est que l’on sait parfaitement produire sans pesticides, avec des techniques agricoles anciennes, intelligentes, diversifiées, autonomes. Elle appelle à recentrer le débat, à sortir du brouillard volontairement entretenu par l’agrochimie, à redonner une place centrale à la biodiversité et à ceux qui la protègent.

Pour elle, les pesticides sont la première cause de l’extinction de masse actuelle, bien devant le climat, les plastiques ou les écrans. « Il va falloir arrêter d’oublier Bayer. Total, on y pense. Bayer, jamais. Pourtant, eux ont conçu leurs produits pour tuer. Et ils tuent ».

Source : LIMIT